La restauration des couteaux anciens

La restauration des couteaux anciens est une discipline à part entière dans la coutellerie.

Meme certains grands noms de la coutellerie ne sont pas capables de restaurer correctement un couteau ancien. Combien de fois j'ai confié un couteau à un coutelier, avec toutes les indications détaillées de ce que j'attendais d'eux; aucun n'a été capable de faire le travail que je leur demandais. C'est d'ailleurs pour cette raison que je me suis décidé à les restaurer moi-meme. C'est comme si vous demandiez à un ébéniste de restaurer une armoire Louis XV d'époque: s'il est habitué à fabriquer des meubles neufs, la restauration risque de se voir de loin.

En coutellerie, outre le fait de maitriser complètement les phases de la fabrication d'un couteau ( la quasi-totalité des couteliers actuels ne forgent plus), la restauration demande d'autres compétences tout aussi importantes, à savoir:

La connaissance des couteaux anciens, leur origine, leur histoire, les différents modèles fabriqués dans une meme gamme, les différentes déclinaisons de formes et de matières, les différents fabricants etc....

L'action la plus importante dans la restauration des couteaux ancien est l'OBSERVATION. Toutes les Phases de la restauration doivent etre connues, dans leur ordre chronologique, avant d'attaquer .  Ce travail est indispensable ;Il faut inspecter le couteau sous toutes ses coutures, voir son état, envisager sa restauration, les étapes du démontage. Il faut aussi à ce moment là faire un carte d'identité du couteau si on ne le connait pas encore: origine, age, rareté, valeur marchande, etc...afin de se poser quelques questions fondamentales pour la suite des opérations.

-Vaut il la peine d'etre restauré?

Certain couteaux ne doivent pas etre restaurés; pourquoi?

1°) les épaves: la restauration dénaturerait le couteau (trop d'éléments changés).

Au delà de 10 pour cent, la restauration doit etre mentionnée.Voici une echelle que j'ai mise au point pour évaluer le taux de restauration des couteaux:

-changement de lame: 50 pour cent

-ressort: 50 pour cent

-cotes: 50 pour cent

-autres composants: 10 pour cent dans le meilleur des cas (rivet, rosette, élément de décoration etc...)

Je suis peut etre dur , et on arrive vite à 200 pour cent de restauration, ce qui est exagéré, mais c'est pour ne pas dériver dans la facilité, voire la fraude.

2°: les pièces d'archéologie: il vaut mieux faire une copie à l'identique accompagnant l'original.

3°: l'extrème rareté du couteau ( il devient "intouchable")

Maintenant quelques conseils importants pour ceux qui désireraient entreprendre une restauration.

Il faut éviter de démonter le couteau entièrement; seules les parties concernées doivent l'etre ( dans la mesure du possible).

Surtout ne pas enlever la patine du couteau. Meme un couteau du XVIIIè siècle à l'état neuf a une certaine patine (observation!!!!!).

Ne rien entreprendre si l'on n'est pas sur de faire une restauration parfaite ou de revenir en arrière. Toute erreur irrémédiable est impardonnable.

Si un client demande une restauration, ou pire une modification qui va à l'encontre de la nature du couteau, ne pas refuser catégoriquement, mais orienter ses gouts vers une action plus raisonnée en l'informant. S'il persiste, refuser.

Ne jamais se précipiter: toujours connaitre toutes les étapes de la premiére jusqu'à la dernière ( fabrication d'outillage,recherche des matériaux .....) Je me répète, mais c'est la phase la plus importante.

La restauration doit etre invisible.

Travailler le plus possible avec les techniques de l'époque du couteau.

Il ne faut pas modifier le couteau, pour l'embellir par exemple, car on devient faussaire (les bons faussaires sont les meilleurs restaurateurs de couteaux, mais il vaut mieux les éviter, sauf pour leur commander des copies)


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